Inconnu des habitants, mais la station tremble sous son souvenir.
Ça faisait plus de trente ans que l’affaire dormait sous la neige, enterrée comme un secret trop lourd.
Et pourtant, tout a commencé bien avant, au cœur des Alpes, quand un type nommé Marc Desqui a vu sa vie glisser comme une perche mal accrochée.
Marc, c’était le genre de gars qu’on remarque à peine : un percheman solitaire à La Clusaz, pas vraiment brillant, souvent dans la lune. Le style “deux mains gauches”, comme disaient les habitués. Et franchement… ils n’avaient pas tort.
Les clients tombaient, pestaient, réclamaient des excuses. Les départs étaient trop secs, les perches mal réglées. On mettait ça sur le compte de la maladresse. Jusqu’au jour où la maladresse a pris un goût métallique.
Un gosse s’est blessé. Grièvement.
La direction n’a même pas eu besoin de réfléchir : Marc a été viré net, un 22 décembre 1995. Joyeux Noël.
Une lettre, un blâme, la porte qui claque. L’affaire était réglée, croyait-on.
On pensait qu’il partirait, qu’il irait noyer sa honte ailleurs.
Mais la montagne a de la mémoire.
Et certaines rancunes gèlent mieux que d’autres.
Marc n’est jamais vraiment parti. Il s’est fondu dans les bois, dans les cabanes d’entretien où personne ne met les pieds, dans les coins où même les corbeaux hésitent à se poser.
Puis les incidents ont recommencé. Mais cette fois, il n’y avait plus de maladresse :
des câbles coupés, des ressorts desserrés, des mécanismes trafiqués.
Pas discret, le Marc. On aurait dit qu’il voulait laisser sa signature.
Un avertissement.
On l’a finalement pincé. Emprisonné.
Mais quelques mois plus tard, il s’est évadé, aidé par des hommes dont personne n’a jamais réussi à tracer les ombres.
Et puis… plus rien. Le calme plat. L’affaire a été classée, oubliée dans un tiroir poussiéreux.
Jusqu’à aujourd’hui.
Parce que depuis peu, sa vieille boîte aux lettres – un truc rouillé qui aurait dû rester mort – reçoit des enveloppes. Le facteur passe, dépose, repart. Comme si de rien n’était.
Et sur le métal gelé, un nouveau nom est apparu : M. Bonemployer.
Une blague acide.
Une gifle adressée au passé.
La signature d’un homme qui n’a jamais avalé son humiliation.
Les autorités en sont maintenant certaines : Marc Desqui est revenu.
Trente ans après sa chute, il rôde à nouveau autour de La Clusaz.
Plus discret. Plus glacé. Plus affûté qu’un câble d’acier.
Et, surtout… beaucoup plus dangereux.
Lors de sa vieille garde à vue, il avait laissé traîner quelques mots. Une idée fixe.
Son “coup final”.
Une perche explosive, disait-il. Une seule montée. Un tir. Et tout s’effondre.
Aujourd’hui, cette perche existe sans doute.
Planquée quelque part sur la montagne, bricolée avec patience, reliée à un mécanisme qui n’attend qu’un souffle de vent pour dire “C’est l’heure”.
Si elle s’active, il sera trop tard.
Bonne chance, agents.
Depuis des décennies, une rivalité sourde mais implacable oppose l’Agence Secrète Haut-savoyarde (ASHS) à l’Agence des Espions Savoyards (AES). Née dans les replis de l’Histoire, nourrie par les conflits de territoire, d’influence et d’orgueil régional, cette guerre de l’ombre n’a jamais connu de véritable trêve. Chaque sommet, chaque vallée, chaque sentier oublié des Alpes est devenu un terrain de jeu pour les deux agences, un échiquier où chaque mouvement peut faire basculer l’équilibre fragile entre Haute-Savoie et Savoie.
L’ASHS a récemment intercepté des transmissions inquiétantes confirmant la présence d’un agent de l'AES sur notre territoire. Cet individu, particulièrement discret et bien préparé, a réussi à mettre la main sur un document d’une importance capitale : une carte ancienne révélant un passage oublié à travers les montagnes, actuellement utilisé par nos services pour faire transiter clandestinement des ressources et des agents sans être détectés. Cette carte ne devait jamais tomber entre leurs mains.
Mais l’histoire se répète. Il y a vingt ans déjà, une opération similaire avait failli dégénérer au col du Joly. Aujourd’hui, c’est le col des Aravis qui est en jeu. Ce col, lien stratégique entre Haute-Savoie et Savoie, marque une frontière invisible mais sacrée. Une fois de l’autre côté, l’agent échappe à notre juridiction. Et alors, comme tant d’autres avant lui, il disparaîtra dans la brume savoyarde, sans laisser de trace.
Mais pour l’instant, il est encore dans le village. Il glisse d’un endroit à l’autre avec une précision troublante, comme s’il connaissait chaque pierre, chaque détour, chaque regard à éviter. Il évolue dans les ruelles étroites, les sentiers oubliés, les arrières-cours silencieuses. Toujours en mouvement. Toujours en avance d’un pas. C’est ici, dans le village et ses alentours, que tout va se jouer. C’est notre seule chance : il faut l’arrêter tant qu’il est encore à notre portée.
Votre mission est claire : obtenir l’heure exacte de son passage.
Suivez sa trace. Interceptez ses communications. Analysez chaque indice : un message codé, un échange suspect, un mouvement inhabituel… Rien n’est anodin. Chaque détail peut être la clé.
Grâce aux outils de pointe mis à votre disposition et aux directives transmises en temps réel via votre talkie-walkie, vous devrez agir avec rapidité et précision. Ce n’est pas qu’une mission : c’est une bataille de plus dans une guerre silencieuse qui n’a jamais cessé.
Le temps joue contre nous. Restez concentrés. Ne sous-estimez pas notre adversaire : l’AES n’envoie jamais ses pions au hasard.
L’issue de cette mission dépend de votre vigilance. Et peut-être, aussi, de votre capacité à écrire un nouveau chapitre dans cette lutte ancienne.
Bonne chance, agents.